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Chronique du gâchis ordinaire

Source illustration (c) Le Rateau de la Méduse

Et puis un jour, parce qu’il faut vraiment une volonté de fer pour refuser tous les progrès, une faille s’ouvre: “tiens tu vas être content, on va faire un essai 2.0!”
Petit projet R&D, on va se la jouer moderne. Alors on se tourne vers les fournisseurs référencés des échecs précédents, on utilise des outils d’un autre millénaire pour faire du “collaboratif” à 2 ou 3, pour voir. Evidemment ça ne prend pas.

Et toi tu te fais engueuler parce que malgré ta bonne volonté (si, si), ce vieux bouzin d’un autre âge tu connais par coeur, tu sais bien qu’il n’a aucune chance d’obtenir l’adhésion des troupes. Buggué, lent, une insulte à des générations d’ergonomes, c’est le cauchemard 1.0. Mais comme le boss il ne te fait pas confiance et qu’il essaye ces trucs là pour la première fois, il trouve ça génial: “j’ai reçu un mail quand tu as répondu à ma news!”

Whaou.

Donc pas de doute, t’es jamais content, t’es vraiment un chieur.

Oh tiens à propos d’hérésies faut que je te dise: la semaine prochaine c’est l’audit!

C’est quoi l’audit? Ah c’est très simple, c’est des gars qui te préviennent qu’ils vont venir contrôler un truc. Toi il te faut juste relire le mail de la DRH envoyé la veille pour que au cas improbable où on interrogerait un employé non prévu, il soit en mesure de bredouiller 2 ou 3 mots sur les régles que personne ne connait et qui sont censées régir l’établissement au quotidien. Oui du bachotage de la pire espèce. Mais ça fait bosser du monde, sur du vent.

Figure toi que ce coup ci c’est un audit sur la sainte Ethique de l’entreprise, le plus grand foutage de gueule depuis le père Noël. Le grand actionnaire fabrique des armes, mais il a un beau cahier des charges pour l’éthique de l’entreprise. On y lit des jolis mots sur le partage, la confiance, l’implication des équipes, bref tous ces trucs qui marchent et qui ne sont évidemment jamais appliqués dans la boite. Lire ces principes soit-disant fondateurs de l’entreprise est une souffrance, le cynisme est total, tout cela n’a aucun sens.

Si seulement c’était dans l’intérêt de quelqu’un, même des grands méchants capitalistes, mais non, même pas, tout le monde coule.

Je ne comprends pas cet atavisme à se laisser crever sur place. La tête dans le guidon, certain que les vieilles méthodes sont encore bonnes, qu’évoluer serait trop coûteux, que l’entreprise 2.0 est un gadget. On coule, mais à la même vitesse que les autres, alors on voit pas trop, parce qu’on n’ose pas regarder la ligne de flottaison qui se rapproche.

Et pendant ce temps là on continu d’ajouter des tonnes de blindage sécuritaire au lieu d’insuffler de l’air frais dans les caissons de l’innovation.

Gâchis.

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Classé dans vie 1.0

Entreprise Française, l’agonie des dinosaures 1.0

J’ai un ami qui travaille sur un ordinateur dans une grosse boite française, un jour on lui a coupé filtré Internet au bureau.

Classique.

Anecdotique me diras-tu. Peut-être même me joueras tu la chansonnette officielle: « faut comprendre aussi, on ne paye pas les employés pour qu’ils se dorent le profil sur Facebook. »

Je crois que c’est bien plus grave: Internet est une transformation culturelle que les décideurs n’ont toujours pas comprise. Et c’est normal car je le dis sans aucun mépris: ça ne s’apprend pas dans un PowerPoint, tu participes ou tu passes à côté. Et c’est un fait, ceux qui participent sont une exception.

illustration libre de droit, ne demande qu’à voyager

Je n’ai aucun chiffre, ceci n’est pas une étude, ceci est un ressenti de tout ce que j’entends ici et ailleurs depuis tant d’années: l’immense majorité des grosses boites se replient dans une folie sécuritaire qui écrase les forces de productions auxquelles on demande paradoxalement toujours plus de performance pour concurrencer les pays « dynamiques ». Le célèbre manque de compétitivité de la France n’est pas dû à la pression fiscale, il est dû à l’endormissement, à la peur de l’inconnu 2.0.

Depuis la fin de la rigolade où il y avait du boulot pour tous (je parle d’un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître), des milliards ont été dépensés dans des colloques de management, dans des séminaires fous pour faire sauter en élastique des employés des ponts, on a inhibé des managers qui en voulaient pour les soumettre à la pression du reporting analytique aux services financiers. Un Président se fait élire sur les valeurs du travail et du mérite quand ses relations en col blancs démontent chaque jour un peu plus sans même peut être s’en rendre compte la motivation du seul atout qu’il nous reste: la ressource humaine.

Si j’avais une quelconque audience dans la France d’en haut j’en appellerai sans aucun sens de la mesure au génie français, à la Révolution culturelle dans les grands groupes, au virage nécessaire de la culture du partage et de la confiance, de la responsabilisation, de l’implication, pas parce que c’est gentil, pas pour faire bien, mais parce c’est rentable et que rien d’autre ne nous sauvera. La démotivation des troupes est un cancer qui se généralise. C’est Mozart qu’on assassine, nous avons tous à disposition des F1, souvent gratuites, et par culture du secret, par peur des nouvelles technologies, par paresse aussi, on nous demande de continuer à rouler en 2CV pour lesquelles on dépense des fortunes en entretien et en mises à jour. Renversement historique, aujourd’hui la technologie pour la première fois est dans les foyers, les vieux bourrins encrassés eux ils tournent au bureau (messagerie, gestion documentaire, communication, …). Et malgré cela on veut séparer toujours plus le monde professionnel du monde privé quand la fluidité et la flexibilité est une arme de production massive.

Mais on ne maitrise pas, alors on craint.

Il suffirait d’un peu de modestie, d’un peu de confiance en ceux qui baignent dans le jus numérique et qui voient son miraculeux potentiel sans oublier les impératifs stratégiques. Mais l’entreprise 2.0 n’est pas prise au sérieux, au mieux on s’y intéresse parce qu’on sent bien qu’il faut, mais on finit toujours par l’enterrer suite aux coups de boutoirs répétés des DSI qui ont toujours le dernier mot.

Si on admettait une fois pour toute ce que tout le monde sait, que les chartes d’utilisation du matériel informatique de l’entreprise sont intenables, qu’à force de serrer la vis les employés suréquipés sont toujours plus poussés à avoir des comportements de contournement, qu’on ne muselle pas l’intelligence collective, cette intelligence qui n’est pas l’ennemie mais devrait être la nouvelle alliée de l’entreprise. On a peur de la fuite mais elle est inévitable dans ces conditions. Rajouter du blindage ne sert plus à rien. Il faut admettre et gérer cette fluidité au plus vite, ce qui veut dire éduquer, et chose que les Directions ne veulent pas croire: les comportements changent et deviennent plus sécurisés, car les collaborateurs comprennent très vite où ils sont et que tout est plus visible de tous, donc auto modéré. Mais pour cela il faut une adhésion officielle des chefs, c’est souvent là que le bas blesse.

Rien que le fait d’en parler serait révolutionnaire. En haut on lit les articles sur les millions d’heures « perdues » sur Internet, en bas on lit les études qui affirment que les employés hyper connectés sont plus productifs. Ou est la vérité, je n’en sais rien, mais je sais que c’est un sujet essentiel, et qu’il n’est même pas abordé ensemble.

On me dit souvent « oui toi ok, tu maitrises tout ça mais la majorité des gens ne connaissent pas ces nouveaux outils », sous entendu ils vont faire n’importe quoi, publier les brevets en cours sur leur compte Facebook!

Alors qu’est ce qu’on fait? On attend encore 10 ans? Et qu’est ce que cela veut dire? Que les gens sont sensés se former à la maison sur les réseaux sociaux, les espaces collaboratifs? Je crois au contraire qu’il faut jeter tout le monde dans le grand bain (avec des maitres nageurs autour) et vous verrez, ils sauront nager!

Et puis de toute façon ils finiront par plonger, alors encadrer n’est pas seulement une bonne idée, c’est vital, elle est aussi là la sécurité.

Quant à moi oui je passe énormément de temps sur Internet, et grâce à cela j’ai un réseau que je juge de grande qualité. Je m’y amuse c’est vrai, et tant mieux, mais j’y pompe un savoir incroyable, j’y trouve tant de réponses, d’idées, je prétends être une des locomotives de ma boite, je suis très productif, je crois que ma hiérarchie acquiescerait cela, pourtant je serais le premier à devoir morfler si on appliquait bêtement les tables de la loi de la censure 1.0 made in DSI. Je précise que je ne télécharge ni ne fais rien d’illégal, mais je regarde sinon tout, beaucoup de ce qui m’est proposé.

Comme dans nombre d’aventures humaines, dans une boite qui dépasse en nombre la masse critique où tout le monde se connait, il y a pour moi 3 sortes d’individus: les locomotives, les passagers (ultra majoritaires) et les freins. Il me semble qu’aujourd’hui on ne veut plus qu’une seule catégorie: des passagers. Bravo, on a neutralisé le pouvoir de nuisance des freins: on est à l’arrêt.

L’ouverture 2.0, la vraie, impliquerait même j’en suis sûr une baisse des heures passées sur des sites dit « non professionnels », expression insensée s’il en est, car le fait d’admettre un comportement, d’informer tout le monde qu’on est sur une place publique, responsabilise et permet par exemple de discuter des abus, sans drame.

Moi je vis depuis 15 ans dans une vieille boite où nous étions bien lotis avec un accès total à Internet. Comme pour beaucoup, la situation économique est très difficile, on nous demande de penser à de nouvelles solutions, de changer de mode de pensée, de conquérir de nouveaux marchés en cassant les prix, de s’adapter au monde d’aujourd’hui sous peine de lendemains qui déchantent.

Hier au boulot on nous a coupé Internet.

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